15 novembre 2006

Indifférence

Il n’y a pas un jour sans que je ne pense pas à toi. Il y a des endroits où je te retrouve souvent, dans les bus, par exemple. Ces airs de rien, regards jetés habilement par-dessus l’épaule de l’autre, jamais ailleurs. Calculs permanents dans les salles d’attente, faire attention de bien simuler l’intérêt pour cet article sur les différentes techniques de pose de faux ongles (passionnant). Tu es partout.

Comme une publicité clandestine à grande échelle,

comme un sifflement dans les oreilles.

Hier encore, je t’ai perçue aux détours d’un homme, dans ses gestes, sa manière de saisir son paquet de cigarettes. Et chaque jour qui passe, je te retrouve un  peu plus, un peu plus pour chaque feuille qui tombe, pour chaque goutte de pluie glacée qui vient se lover dans ma nuque. Et cette femme qui marchait normalement, avec son manteau normal et sa coiffure normale, qui rentrait dans une boutique, tu sais ? Il fait froid et nuit et les trottoirs vont finir par ne faire rien d’autre que refléter les réverbères qui seront toujours allumés et des tas de catastrophes vont sensibiliser les téléspectateurs.

Mais tu auras, heureusement, l’audace de venir les enlacer doucement, de les bercer tendrement, comme tu le fais si souvent pour moi. Tu es si belle, transparente. Bonne nuit, mon indifférence.

21 octobre 2006

Il faut commencer à songer

à un avenir concret. Il faut renoncer à certaines choses, à la solitude, par exemple. Je suis d’accord sur tout, à condition que ce soit un choix personnel. Est-ce que l’idée de construire un truc à deux vient de moi ou de l’influence énorme des médias et du courant social et culturel et affectif qui s’exerce sur moi depuis, toujours en fait ?

Est-ce que j’aime réellement les pull-overs à grosses rayures horizontales ?

Est-il nécessaire de se poser ce genre de question ?

    Arrêter de fumer sans grossir est un des grands challenges des femmes d’aujourd’hui. Il y a des émissions sur ce thème, des débats cravatés, des brochures illustrées. Je passe beaucoup de temps à poser des questions aux autres et je sens vaguement que je n’ai presque plus l’âge pour ça. J’aimerais être cet Autre à qui on demande conseil. Combler les lacunes. Illuminer le regard d’un enfant. Je répondrais d’une voix qui a beaucoup vécu, un peu grave, un peu partie; je deviendrais ce qui me trouble encore, ce personnage inaccessible et imposant qui fait rougir les petites filles au fond d’un bout de mémoire.

    Je me demande dans quelle mesure grossir constitue un drame potentiel. Toutes les belles femmes deviendront très vite laides et stériles. Et quand elles sautilleront sur place, quand elles seront tout excitées par tel évènement, quand elles auront des cheveux longs et des fous rires dans la rue, les gens se moqueront d’elles et les traiteront de folles, de droguées ou pire, de vieilles qui n’acceptent pas le fait d’être vieilles. C’est ça le vrai drame.

    Aujourd’hui nous nous aimons et pensons à quelques enfants aux doigts pleins de feutres, mais il y aura un moment où tu me regarderas, et ce sera sûrement avec beaucoup de tendresse, peut-être de l’amour si j’ai de la chance, et à cause de ça je ne pourrais m’empêcher de ressentir de la honte. Car il n’est pas admis qu’un corps se dessèche, qu’un sourire se creuse. Et tu ne pourras jamais me promettre que tes yeux ne finiront pas tôt ou tard par se poser sur d’autres jambes, jeunes et sans varices, sur des seins ronds et pleins, sur des cheveux blonds et brillants. Mais je pourrais te crever les yeux. Il y a toujours une solution, un point de fuite.

    Une femme témoigne, elle a environ 40 ans, elle a perdu tous les kilos qu’elle avais pris en arrêtant de fumer. Elle est très contente, et elle porte un pull-over à grosses rayures horizontales. Demain, j’achète le même.

 

20 septembre 2006

Téléphone

La solitude mitigée

Dans les recoins de mon salon.

Et ton regard sur mes plafonds

Qui se figure quelques silences

                                  

 

M’attend. J’écoute ton absence,

Je réinvente mes papiers peints

Dans l’apesanteur des matins,

Juste avant que le téléphone

                                           

M’appelle. Soudain les heures résonnent

Comme une condamnation certaine,

Savoir que ce n’est pas la peine

De garder ta voix au creux de

                                        

 

Mon corps. Nous ne sommes que deux

Pour envahir le monde entier

De nos silences et de nos prés

Et de nos mains tout emmêlées

Et de la mer.

06 septembre 2006

China Glamorama

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           Nous avons du mal à trouver un taxi. Ma fatigue confère aux chinois une laideur exceptionnelle, et je ne suis pas tout-à-fait décidée à poser mon cul délicatement parfumé sur une de ces banquettes en simili-cuir quotidiennement encrassées par des litres de sueur cantonaise nauséabonde. Je décide donc de rester debout sur le trottoir à fumer des clopes avec E. Tout comme moi, E. porte un polo Lacoste et des lunettes Dior et un sac Burberry et le parfum assorti, et près d’une mare d’eau croupie qui refuse de s’évaporer dans l’air infâme et poisseux le lépreux continue de se traîner sur son cageot à roulettes. Je ne lui donne rien. Il me répugne trop, et de toute façon je n’ai plus que cinq ou six billets de cent, à peine de quoi boire dix ou douze verres au China Hotel ce soir, en tout cas pas assez pour oublier ce que je fous ici. E. me dit quelque chose à propos du dernier téléphone portable de J. que je ne comprends pas, parce que je viens de remarquer quatre paillettes sur mon Jean D&G, et cela est parfaitement inadmissible car tout le monde sait ici que les paillettes sont totalement has-been et je frotte pour savoir si ces paillettes sont réellement incrustées ou s’il s’agit juste d’une erreur. Je demande l’heure à E., et j’imagine qu’elle doit être vaguement agacée que je lui pose toujours la même question, car nous ne sommes jamais certaines de lire une heure cohérente où que nous allions. Comme nous pensons être en retard, nous finissons par décider de trouver une voiture. Le chauffeur possède un énorme grain de beauté incrusté de poils monstrueux dont le plus court atteint la longueur de mon petit doigt, et ce lien que je parviens à faire entre ma propre anatomie et la sienne me donne envie de vomir. E. continue de me parler mais par la vitre arrière je vois le lépreux qui rapetisse, et je me mets à songer à cette image qui ressemble à sa vie de merde, dans quelques jours je serai très loin, et ce type sera toujours là, pendant des années peut-être, à se traîner comme une loque sur son cageot miteux, avec son sang putréfié qui rongera ses membres petit à petit, jusqu’à ce qu’il crève seul dans d’ extrêmes souffrances, et cette fois je vomis vraiment par la fenêtre tandis que nous dépassons des bus bondés par la droite, ce qui fait rire E., et cela est passablement fatiguant car nous savons toutes les deux que lorsque nous rions, c’est uniquement pour tenter d’oublier l’atrocité odorante dans laquelle nous vivons depuis je ne sais combien de temps. Je suis lasse, très lasse. Nous arrivons devant le China, où J. et R. nous attendent, entourés de quelques putes suffisamment bandantes et intéressées pour mimer l’innocence la plus perverse, pour le plus grand plaisir de R. que je ne parviens décidément pas à encadrer. J. sourit béatement en nous montrant ses nouvelles pompes marron, les mêmes que celles de A. et je vois un pauvre chien estropié qui clopine un peu plus loin et je tente de faire un jeu de mot mais personne ne semble l’avoir remarqué et E. s’exclame que jamais il ne sera question d’un quelconque arrangement avec cette traînée de S. et tout le monde consulte son téléphone portable en faisant semblant d’avoir des nouveaux messages. Mais, j’imagine que nous sommes seuls. Nous entrons.

21 août 2006

Canton, le 21 aout 2006.

Le metro climatise crache son lot de fatigue toutes les six minutes. Je passe un temps interminable dans le noir. Je ne parviens pas a me decaler, et quand je sors, il fait souvent nuit.

Je deambule dans des ruelles etranges, ou des passants identiques contemplent ma difference. Je photographie la misere culturelle, les marches de faux, les temples de l'Inutile. Ils ont jete hors de leurs rues leur passe si riche, si grandiose. Ils ont voulu le futile, le toc, les satisactions rapides et faciles. Ils ont eu soif de nouveaute, de decouverte.  Je suis comme eux. Comme eux, je me prosterne, credule et hebetee, devant le Neant.

Je ne comprends pas ce qu'on me dit, je ne sais pas ce que je mange. Je ne sais plus lire. Mais cela n'a pas beaucoup d'importance. Car je me pose des questions. Rien, ici, ne porte ton empreinte: ce monde tend a te faire disparaitre. A part, de temps en temps, une fenetre crasse qui s'ouvre sur tes mots, que je lis stupidement comme un parcours fleche. Mais le chemin est tortueux, subjectif, abscons. Le bonheur, c'est tout droit?

Sur le boulevard tout neuf, des taxis ont des accidents. j'ai peur. Je ne dors plus. Tu m'as dit: je veux vivre en t'attendant. Je comprends.

Moi aussi, je m'attend.

01 juillet 2006

Champ lexical pour une aventure d'un soir

Sortir, bar, musique, rouge, observer, clients, Mojito, rire, fumer, amis, regard, discuter, renseigner (se), boire, approche, Get 27, échanger, cigarette, sourire, oser, ambiance, partir, copains, revenir, danser, frôler, offrir, toilettes, repoudrer, copine, conseils, comptoir, Vodka orange, clope, décider, allumer, compliments, évaluation, fauteuil, assurance, toucher, explicite, payer, videur, pâleur, ramener, voiture, nuit, passants, calme, intimidée, garer, proposer, suivre, silence, escaliers, mater, clés, Blues, enlacer, embrasser, chambre, tomber, lit, tamisé, rituel, ceinture, appréhension, douceur, déshabiller, sensuel, caresser, découvrir, heures, lèvres, confiance, culotte, exciter, parfum, peau, érotique, goûter, soumise, pénétrer, plaisir, voisins, crier, jouir, coussins, chaleur, raconter, vie, fatigue, dormir, matin, soleil, soif, faim, crâne, rhabiller (se), échanger, mots, pudeur, tiédeur, porte, au revoir, on s’appelle.

30 juin 2006

Non coupable

Aujourd’hui, je suis l’avocat de mon cœur d’artichaut. J’accuse le monde de tourner de travers. J’accuse les femmes, de faire tourner le monde à l’envers. J’accuse les femmes qui t’ont fait souffrir. J’accuse la tromperie, le mensonge, les promesses avortées. J’accuse les dernières pages des livres, les fins dans les films. J’accuse ta souffrance et ta lassitude. J’accuse les sourires équivoques.

J’accuse le rire de l’homme.

J’accuse les capacités anormales du cerveau humain. J’accuse mon corps de ressentir. J’accuse les phéromones, le désir, les phénomènes neurochimiques de l’organisme. J’accuse les illusions. J’accuse l’amour et son pouvoir de destruction. J’accuse le temps et la mémoire. J’accuse les sensations. J’accuse la banalité de la souffrance. J’accuse la répétition sans fin de ce bordel.

Et pour tout cela, je plaide non coupable.

19 juin 2006

Punition

Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne coptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas ; Tu couches avec les filles qui ne comptent pas.

A rendre pour demain, si tout va bien.

29 mai 2006

Plus de livres

Hésitation. Chancellement : je tombe.

Où ? Quelle idée.

Pas de décor.

Le néant total, dans des tons gris.

Un peu de mauve, pour toi. Mais c’est tout.

Calme.

Voitures au loin, qui agacent furtivement.

La tête vide.

Le cœur apaisé.

Livres rangés et lus ; libération, fatigue.

Attente.

De quoi ?

De rien. Ne pas réfléchir. Ne pas sourire, ni pleurer.

A quoi bon ?

Aucun effort à faire.

Répétition des gestes, lassitude immense, normalité.

                                                                          

J’ai découvert la Terre.

19 mai 2006

Poème bleu

 

                                

Je veux écrire un poème bleu

Un truc à la Maurice Carême

Un truc de mai, qui rend heureux,

Avec des fleurs et des je t’aime.

                                                

Mon corps offert au vent pastel,

J’attends la Grande Inspiration

En repoussant une mèche rebelle.

Mais il fait froid, et j’ai l’air con.

                                                   

Rouge de honte, noire de haine

Face à cette triste découverte,

Je tue des gens qui se promènent.

Ca fait une tache dans l’herbe verte.

                                                  

Le seul bleu que j’ai dans le crâne,

C’est l’hématome de l’illusion

Qui se referme. Mon mai se fane,

Et le muguet, c’est du poison.

                                          

Dans ce monde oublié des Dieux

Les myosotis sont mes bourreaux.

Je crache sur tous les poèmes bleus 

Qui fleuriront sur mon tombeau.

 

 

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