21 août 2006

Canton, le 21 aout 2006.

Le metro climatise crache son lot de fatigue toutes les six minutes. Je passe un temps interminable dans le noir. Je ne parviens pas a me decaler, et quand je sors, il fait souvent nuit.

Je deambule dans des ruelles etranges, ou des passants identiques contemplent ma difference. Je photographie la misere culturelle, les marches de faux, les temples de l'Inutile. Ils ont jete hors de leurs rues leur passe si riche, si grandiose. Ils ont voulu le futile, le toc, les satisactions rapides et faciles. Ils ont eu soif de nouveaute, de decouverte.  Je suis comme eux. Comme eux, je me prosterne, credule et hebetee, devant le Neant.

Je ne comprends pas ce qu'on me dit, je ne sais pas ce que je mange. Je ne sais plus lire. Mais cela n'a pas beaucoup d'importance. Car je me pose des questions. Rien, ici, ne porte ton empreinte: ce monde tend a te faire disparaitre. A part, de temps en temps, une fenetre crasse qui s'ouvre sur tes mots, que je lis stupidement comme un parcours fleche. Mais le chemin est tortueux, subjectif, abscons. Le bonheur, c'est tout droit?

Sur le boulevard tout neuf, des taxis ont des accidents. j'ai peur. Je ne dors plus. Tu m'as dit: je veux vivre en t'attendant. Je comprends.

Moi aussi, je m'attend.

07 juillet 2006

Lettre à mon fan

Cher fan, je sais que tu existes.

Tu n’as pas de visage. Juste deux yeux noirs et immenses, qui attendent quelque chose. Tu ne parles pas. Tu te contentes d’exister à travers mes mots. Sans moi, tu n’es rien. Sans moi, tu n’as aucune raison d’être. Et tu le sais.

Tu es tapi dans la toile, petite araignée noire et silencieuse, et tu guettes chaque jour le moment propice pour tomber sur mes histoires. Alors, tu dévores mes lignes, tu m’aspires d’une traite, goulûment, et moi, pauvre insecte insignifiant, je me rends compte de mon erreur, mais c’est trop tard : Tu m’as eue, et désormais je suis matérialisée. Cristallisée. Je ne peux plus revenir en arrière. Tu avales tout, à chaque fois, tu me vides les entrailles et le cerveau ; et il ne reste rien. Un arrière-goût acide, peut-être. Un vide.

Je dois te dire au revoir. Je vais envoler mes mots ailleurs, le temps d’un été. Je reviendrai probablement de temps en temps, juste pour vérifier que tu m’attends. J’aime bien ce rôle de proie que tu m’a concédé. Me laisser attraper en plein vol, mourir un peu, et puis renaître, contre toute attente. C’est étrange, c’est quelque chose que je ne comprends pas encore très bien.

Laisses-moi du temps.

A bientôt, je pense à toi.

Liane.