03 septembre 2006
A mon Tyler Durden
Cher Tyler,
Ne t’inquiètes pas. Je ne te laisserai pas vieillir dans tes meubles Roche Bobois. Je t’empêcherai d’apprécier le confort de ta nouvelle Scénic, je t’interdirais d’acheter du citron en plastique synthétique. Tu n’auras plus l’occasion de consulter les dernières nouveautés en matière de téléphone portable. Je lâcherai ton ordinateur par la fenêtre. je brûlerai tes costards, et je brûlerai tes livres. Oui, les livres. Les autodafés sont parfois nécessaires pour se sentir exister. Les livres ressemblent trop souvent à une attente fragmentée, à un espoir chronique et insatisfait. Mais les livres sont comme la mort : le jeu est perdu d’avance, on n’accède jamais à la vérité. Les livres, c’est de la vie rêvée, des frissons de boudoir, des larmes de canapé. Avec moi, tu n’auras plus le confort craintif de vivre à plat, entre ces lignes sombres comme des barreaux hiératiques. Je te jetterais dehors, en pleine lumière. Nous voyagerons dans un monde sans typographie, où les cursives seront des montagnes, les accents seront du sud ; Il n’y aura pas de point final.
Je deviendrai cette femme que tu attends depuis toujours, cet autre toi-même. Ce ne sera pas un coup de foudre. L’évidence viendra petit à petit, après un long déshabillage sensuel de nos êtres, jusqu’à ce qu’un jour chacun finisse par échouer au bord de l’autre. Il n’y aura pas besoin de larmes pour le dire. Pas besoin de preuves. Simplement, il y aura du vent dans nos cheveux, et un horizon très lointain. Peut-être la mer. Nous resterons longtemps à la regarder, sans rien dire. Et puis nous nous sourirons. Les mots seront inutiles et laids : nous ne nous raconterons plus d’histoires. La page restera blanche et infinie comme le sable, et enfin, nous vivrons.
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02 septembre 2006
Ce matin sous mes fenêtres
« Oh des cuisses de dinde ! des cailles, des lapins ! Bonjour madame. Ah non, je n’en ai pas de plus petite. Deux euros cinquante, s’il vous plait. Voilà, merci monsieur ! Eh oui, on est pas les meilleurs, mais on n’est pas les plus mauvais ! Ha ha ! Passez une bonne journée, monsieur. Des pommes de terre ? Ca ne vous plaît pas. Des pommes de terre ? Voilà. C’est moi qui vous remercie. Messieurs-dames… Des haricots verts. Heu… Maman, c’est lui qui a commencé ! On arrive tout de suite, messieurs-dames. Henri, tu sers la dame, s’il te plait ? Allons-y ! des haricots verts, monsieur ? OH RACHID !!! voilà, monsieur, ce sera tout ? Alors de la monnaie. Cécile ! des pièces d’un euro, t’en as, toi ? Vous voulez de la sauce ? De la sauce, madame ! De la sauuuce !! Oui ? Ah oui, le temps se couvre ! Ha ha ! Merci monsieur, au revoir ! Faut les plonger dans l’eau bouillante. Vous n’auriez pas soixante-dix centimes à tout hasard. RACHID !!! Dix minutes, et c’est bon. Quelques pommes de terre. RACHID !!! Fait passer au voisin... Ca fait quatorze quatre-vingt, s’il vous plait. Eh faut les donner au monsieur, les patates ! Monsieur, on s’occupe de vous. Voilà voilà. Vous voulez un petit peu de sauce ? Une caille, une ! Cinq cinquante, s’il vous plait. Merci bien, madame ! Au revoir, madame. Monsieur ? »
Ca fait du bien de réentendre la France.
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