06 septembre 2006
China Glamorama
Nous avons du mal à trouver un taxi. Ma fatigue confère aux chinois une laideur exceptionnelle, et je ne suis pas tout-à-fait décidée à poser mon cul délicatement parfumé sur une de ces banquettes en simili-cuir quotidiennement encrassées par des litres de sueur cantonaise nauséabonde. Je décide donc de rester debout sur le trottoir à fumer des clopes avec E. Tout comme moi, E. porte un polo Lacoste et des lunettes Dior et un sac Burberry et le parfum assorti, et près d’une mare d’eau croupie qui refuse de s’évaporer dans l’air infâme et poisseux le lépreux continue de se traîner sur son cageot à roulettes. Je ne lui donne rien. Il me répugne trop, et de toute façon je n’ai plus que cinq ou six billets de cent, à peine de quoi boire dix ou douze verres au China Hotel ce soir, en tout cas pas assez pour oublier ce que je fous ici. E. me dit quelque chose à propos du dernier téléphone portable de J. que je ne comprends pas, parce que je viens de remarquer quatre paillettes sur mon Jean D&G, et cela est parfaitement inadmissible car tout le monde sait ici que les paillettes sont totalement has-been et je frotte pour savoir si ces paillettes sont réellement incrustées ou s’il s’agit juste d’une erreur. Je demande l’heure à E., et j’imagine qu’elle doit être vaguement agacée que je lui pose toujours la même question, car nous ne sommes jamais certaines de lire une heure cohérente où que nous allions. Comme nous pensons être en retard, nous finissons par décider de trouver une voiture. Le chauffeur possède un énorme grain de beauté incrusté de poils monstrueux dont le plus court atteint la longueur de mon petit doigt, et ce lien que je parviens à faire entre ma propre anatomie et la sienne me donne envie de vomir. E. continue de me parler mais par la vitre arrière je vois le lépreux qui rapetisse, et je me mets à songer à cette image qui ressemble à sa vie de merde, dans quelques jours je serai très loin, et ce type sera toujours là, pendant des années peut-être, à se traîner comme une loque sur son cageot miteux, avec son sang putréfié qui rongera ses membres petit à petit, jusqu’à ce qu’il crève seul dans d’ extrêmes souffrances, et cette fois je vomis vraiment par la fenêtre tandis que nous dépassons des bus bondés par la droite, ce qui fait rire E., et cela est passablement fatiguant car nous savons toutes les deux que lorsque nous rions, c’est uniquement pour tenter d’oublier l’atrocité odorante dans laquelle nous vivons depuis je ne sais combien de temps. Je suis lasse, très lasse. Nous arrivons devant le China, où J. et R. nous attendent, entourés de quelques putes suffisamment bandantes et intéressées pour mimer l’innocence la plus perverse, pour le plus grand plaisir de R. que je ne parviens décidément pas à encadrer. J. sourit béatement en nous montrant ses nouvelles pompes marron, les mêmes que celles de A. et je vois un pauvre chien estropié qui clopine un peu plus loin et je tente de faire un jeu de mot mais personne ne semble l’avoir remarqué et E. s’exclame que jamais il ne sera question d’un quelconque arrangement avec cette traînée de S. et tout le monde consulte son téléphone portable en faisant semblant d’avoir des nouveaux messages. Mais, j’imagine que nous sommes seuls. Nous entrons.
16:02 Publié dans Je me perds | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : littérature
Commentaires
Poumons, estomac, je ne sais pas quel organe de nos petits corps d'européens asceptisés peuvent tenir le choc dans cette région du monde...
Ecrit par : Benrouf | 06 septembre 2006
C'est comme commencer à fumer, au début on tousse, donc on renforce nos défenses, et après on s'y fait...
Ecrit par : Liane | 06 septembre 2006
hé hé, bien imité. Mais fais bien gaffe, j’adore ce bouquin, et encore plus le suivant.
Ecrit par : xxl | 06 septembre 2006
Boarf, je voulais juste tenter un "à la manière de"... Mais franchement ça ressemble plus à du Pille poil à côté de la plaque. Moi j'ai pas encore eu l'occase de lire le dernier...
Ecrit par : Liane | 06 septembre 2006
Je connais pas pille (si tu veux, on fait un concours de jeux de mots)
Ecrit par : xxl | 06 septembre 2006
bah Lolita Pille, Hell, Bubble gum... selon les critiques tu ne pers pas grand chose...
Ecrit par : Liane | 06 septembre 2006
bonjour, mon inculture et moi-même on aimerait savoir de quel bouquin il s'agit ?
Ecrit par : pastroplogique | 07 septembre 2006
Heu c'est Glamorama de Bret Easton Ellis, tu sais celui qui a écrit les lois de l'attraction, moins que zéro, American psycho...
Ecrit par : Liane | 07 septembre 2006
l'intérêt d'être inculte au moins c'est qu'il me reste plein de choses à découvrir... merci !
(oh, et, j'allais oublier : j'aime bien, ici)
Ecrit par : pastroplogique | 07 septembre 2006
merci!
Ecrit par : Liane | 07 septembre 2006
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