30 juin 2006
Non coupable
J’accuse le rire de l’homme.
J’accuse les capacités anormales du cerveau humain. J’accuse mon corps de ressentir. J’accuse les phéromones, le désir, les phénomènes neurochimiques de l’organisme. J’accuse les illusions. J’accuse l’amour et son pouvoir de destruction. J’accuse le temps et la mémoire. J’accuse les sensations. J’accuse la banalité de la souffrance. J’accuse la répétition sans fin de ce bordel.
Et pour tout cela, je plaide non coupable.
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29 juin 2006
Air de rien
Une image de ton visage qui bougeait en me regardant.
Mais j’ai voulu te revoir. Curiosité morbide. Savoir ce que ça fait.
Voir quel air tu avais.
Mais tu avais l’air de rien, et puis c’était tout. Néant d’un mètre quatre vingt. Costard noir en retard, le temps ne se pressait plus. Même tes pompes étaient funèbres. Et moi, je ne disais rien. Comme toi.
Regard digne contre regard vitreux, j’ai baissé les yeux la première. Aussi pâle que toi.
Et les souvenirs qui s’en mêlent, qui s’emmêlent. Tourner ensemble au coin d’une rue. Rire à cause d’un nuage. pressentir le bonheur. Faire l’amour.
Tu as changé, c’est étrange. Du gris cendré autour de toi, comme une vapeur sèche, infertile.
Tes doigts croisés et crispés, impossibles à effleurer.
J’ai frissonné d’entendre ta voix, tout à coup. Lointaine, glacée. Je n’ai pas compris tout de suite, puis, peu à peu, ma conscience est remontée à la surface : je t’ai déterré en entier, fantôme prolixe et absent.
« Tu payes l’addition ? »
Je me suis levée, tout doucement, par peur de te voir disparaître tout de suite. J’ai pris la rose blanche, je te l’ai jetée au visage, et je suis sortie du café en pleurant. Adieu donc, amour mort ! C’était bien.
Ainsi soit-il.
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26 juin 2006
Pas d'ombre
Sous des arcades essoufflées
Les terrasses sollicitent
Quelques culs autobronzés :
L’été est venu trop vite.
Dans les rues, gorges brûlantes
Violées par la pollution,
On lèche des glaces à la menthe
Et on jouit pour un glaçon.
Les corps citadins dégagent
Un parfum de désir cru ;
On me frôle, on m’envisage.
Sous mes vêtements, je suis nue.
A défaut d’une ombre creuse,
Je m’enlise dans le vice
D’une étreinte scandaleuse.
Sur sa peau, ma langue glisse.
Quelque part, un homme souffre
Mais je n’en ai pas conscience.
Je veux qu’on comble mon gouffre
Avec plaisir et constance.
Un jour je me souviendrai
De ce début d’été gourd
Où ma vie se limitait
A fuir l’ombre d’un amour.
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23 juin 2006
lettre de circonstances
Cher Inconnu,
C’est encore moi, la femme parmi des milliards. Malgré les mots que j’ai fabriqués pour toi, tu restes muet comme un livre brûlé. Je sais pourquoi tu ne veux pas me répondre: tu préfères les filles moins belles, moins intéressantes, les filles d’un soir. Je ne vois que ça. Tu ne veux pas me salir. Tu veux garder, pour moi, tes caresses sans malentendus, tes bras sans promesses, ton affection sans limites. Je m’en remettrais. Ma tête s’en remet déjà, mon corps, je ne sais pas. Il ondule vers toi, inconsciemment, Liane serpentine, Liane qui se balance. Dans le vide. Mais, ne t’inquiète pas... Je saurais me maquiller pour te tromper. Je coucherai avec beaucoup d’autres, pour ne pas t’effrayer. Tu couchera aussi avec beaucoup d’autres, peut-être, pour ne pas me perdre. Un équilibre parfait. Suspendus dans le temps, un peu plus haut que les autres ; deux formes de souffrance en parallèle, différentes et abstraites. Nous crèverons seuls, et ce n’est pas de ta faute : il n’y a que des circonstances.
13:50 Publié dans Je pars | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
22 juin 2006
La minute de désir
C’était une nuit, ou un matin, nous ne savions plus tellement, de toute façon on s’en foutait pas mal. Bande de copains trébuchant sous la lune, tout le monde était rond (et livide). Personne ne parlait pas, on perdait ses clés dans l’herbe mouillée. A un moment, j’ai dit :
« Hé euh les gars c’est comme un peu le projet de Blair Machin là non wahouuu eh t’a vu c’est pas loin de la dernière fois elle a pris mon pull ou pas ? »
C’était bien.
Et puis tu m’a pris la main. Pour me guider dans le noir. C’était un geste simple, naturel et tendre, un geste que je ne te connaissais pas. Je me suis laissé faire, ça faisait trop longtemps que je te connaissais pour envisager de me poser des questions. Les autres, pendant ce temps, continuaient de croire qu’ils cherchaient leurs clés. Nous étions déjà loin. Je sentais ta main enserrer la mienne, doucement mais volontairement, comme on tient la main d’une fillette pas très sage.
Alors que je t’avais toujours vu comme un petit frère.
Et c’est monté d’un coup. Un désir violent, non contrôlé, non prémédité. Tu n’étais plus cet être hybride entre fou rire et consolation, tu étais un homme. Un homme protecteur, viril et attentif, cet homme que tu étais avec d’autres femmes, sans doute, et dont nous parlions peu. Nous ne parlions plus. Ta main : une chair animale et incestueuse, une douceur mielleuse comme un vice. Ta main, prolongation de ton corps, chaud, fort, plonger dedans, ne plus respirer, et jouir, enfin. Mais nous ne faisions rien, évidemment. Chacun trop timide, ou trop heureux comme ça. Il n’y avait rien d’autre à faire. S’accrocher dans le noir, comme deux enfants, espérer un miracle ou un concours de circonstances. Imaginer des minutes qui n’avancent plus. Ne plus penser : ressentir. Nos yeux plissés par la nuit, nos mains suspendues par un trouble.
Tu m’as dit : « ça y est, on est arrivé. »
Alors, on s’est lâchés, enfin. par faute de solitude, ou d’arguments, je ne sais pas.
Quand on est amis, c’est pour la vie.
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21 juin 2006
Première fois
C’est un véritable travail d’analyse, de non-implication de soi. Deviner son sourire, quand il dit que je ne lui ai pas trop manqué. Proportionner mes caresses, ne pas trop donner ; et puis s’en foutre. Le regarder partir, à la fin. Se sentir triste ; et puis s’en foutre. Changer d’humeur en permanence. Envie de lui, aussi.
Il y a la peur, aussi. Peur de ses mots, de son corps, de ces gestes qu’il a et que je ne connais pas. Peur de choquer, de passer pour une salope. Peur de ses silences, à cause de ça.
Je pensais qu’ un amant, c’était un peu comme un amoureux, mais avec plus de liberté. Je me suis trompée : avoir un amant, c’est un combat permanent contre le naturel.
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Orgasme d'une orchidée (version sans bug)
mon nouvel appartement est joli, rectangulaire, et en papier. J’habite dans une carte postale. Salut, un petit coucou depuis ma nouvelle vie. J’espère que tout va bien pour vous, en tout cas, moi, ça va. Je vous embrasse. Liane.
Le paysage est assez âgé : les maisons, les lampadaires, les touristes. Tout le monde est rose, à cause des couchers de soleil, et des marchands de vin.
Appuyée à ma fenêtre, je décide de me mettre à la couleur locale. Je bois à ma jeunesse, et à ma liberté, et à la vie, et à la dame qui passe, allez... J’aimerais que tu passes, aussi. J’ai rangé mon salon, j’ai mis des bougies et du Ray Charles, et je me suis regardée dans la glace. Je trouve que ça me va bien.
J’aimerais que tu passes.
Tu ne me préviendrais pas, bien sûr, pour faire la surprise. Je serais dans ma carte postale, cramponnée à ma fenêtre en train de me faire toute rose, et tu surgirais comme une averse au coin de la rue. Je n’aurais pas le temps de fermer la fenêtre. Tu rentrerais chez moi, pénétrant et humide, tu glisserais lentement le long de mon corps assoiffé, jusqu’à me tremper complètement, et je frissonnerais, je me noierais dans ton Bleu envoûtant, je perdrais pied dans tes vagues de désir.
Je serais lavée de tout, même du présent, même de nous.
Et puis tu repartirais comme tu étais venu, en emportant la vie avec toi.
Moi, je mourrais un peu en t’ attendant, longue orchidée assoiffée.
10:45 Publié dans Je pars | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19 juin 2006
Punition
Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne coptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas. Tu couches avec les filles qui ne comptent pas ; Tu couches avec les filles qui ne comptent pas.
A rendre pour demain, si tout va bien.
10:21 Publié dans Je me perds | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
12 juin 2006
Expiration
Cher Inconnu,
Je t’attends. A l’ombre d’un bienfaiteur de pierre, je regarde le soleil sur les cheveux des passantes, et je n’ai pas peur d’avoir mal aux yeux. Aujourd’hui c’est moi qui brille. Je suis la plus belle et le monde est aveugle, car je sais que tu viendras. Les aiguilles du clocher indiquent la direction d’où tu surgiras, un sourire en liberté.
En ce moment, il est midi. Pourrais-tu venir du ciel ? En montgolfière, par exemple. Oui. C’est possible. Tu es forcément romantique, et un peu fou. Tu m’emmèneras ? j’ai mis une robe rouge, exprès. Ça ferait très joli, une robe rouge dans le ciel, au dessus de la mer. Je jetterai mes chaussures dans le vague, et il n’y aura aucun bruit. Le silence.
Tu liras le silence dans mes yeux. La plénitude du présent, cette recherche insensée, fleurira sur mon visage.
Nous n’aurons plus de corps. Nous serons trop vivants pour ça. Trop légers.
Nos corps seront ailleurs, très loin en bas, posés à même la planète, et ils seront probablement en train de faire l’amour, de se découvrir violemment et passionnément, avec rage, bonheur et appétit.
J’ai faim, et un lampadaire s’allume. Désormais, les aiguilles du clocher m’accusent de quelque chose. Orange et silencieuse, je me sens creuse, mais pas coupable : c’est la vie qui trompe les rêves, pas les femmes.
Je ne suis pas encore morte. Pas encore.
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11 juin 2006
Les mots des autres
Les mots des autres peuvent rendre dingue. Il y en a qui reviennent sans cesse dans mon crâne énervé, ce sont des mantras de la personnalité, des lobotomisations identitaires. Quand je serais sénile, je peux vous parier que ce seront eux qui prendrons mes lèvres en otage, tellement je les ai lus, vus, entendus. Chers futurs éventuels petits-enfants, d’avance désolée (un procès contre les médias et la littérature étant votre seule issue possible).
« Je hais Lucky Luke, je le hais !!! »
« Ca m’a fait tout drôle de me retrouver à l’intérieur d’un poème froid »
« Ce n’est peut-être pas un hasard si ma couleur préférée est le vent »
« Je ne combattrai pas les cigales du diable »
« Papa, papa, tu nous offre une gourmandise ? tenez, les enfants, achetez ce que vous voulez »
« Je suis un pur produit de la Think Pink génération »
« L’enfer, c’est les autres »
« sauter dans les flaques pour la faire râler, bousiller nos godasses et s’marrer »
« N’imitez pas, innovez »
« Ce mec a vraiment au repos une teub énorme (hallelujah) »
« Elle menace de ne plus pouvoir le supporter »
« minidou, beaucoup d’fraîcheur beaucoup d’douceur, naturellement »
« Et voici la viiiiie -la vie ! La belleu vie qui coule dans nooos veiiines »
« Je me vengerai ! Je me vengerai ! »
« Cette connasse désire vraiment que j’ m’entretienne avec elle de l’état de mon cul »
« Stone, le monde est stone »
Si ça continue, c’est moi qui vais devenir stone.
12:00 Publié dans J'attends | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note