29 mai 2006

Plus de livres

Hésitation. Chancellement : je tombe.

Où ? Quelle idée.

Pas de décor.

Le néant total, dans des tons gris.

Un peu de mauve, pour toi. Mais c’est tout.

Calme.

Voitures au loin, qui agacent furtivement.

La tête vide.

Le cœur apaisé.

Livres rangés et lus ; libération, fatigue.

Attente.

De quoi ?

De rien. Ne pas réfléchir. Ne pas sourire, ni pleurer.

A quoi bon ?

Aucun effort à faire.

Répétition des gestes, lassitude immense, normalité.

                                                                          

J’ai découvert la Terre.

19 mai 2006

Poème bleu

 

                                

Je veux écrire un poème bleu

Un truc à la Maurice Carême

Un truc de mai, qui rend heureux,

Avec des fleurs et des je t’aime.

                                                

Mon corps offert au vent pastel,

J’attends la Grande Inspiration

En repoussant une mèche rebelle.

Mais il fait froid, et j’ai l’air con.

                                                   

Rouge de honte, noire de haine

Face à cette triste découverte,

Je tue des gens qui se promènent.

Ca fait une tache dans l’herbe verte.

                                                  

Le seul bleu que j’ai dans le crâne,

C’est l’hématome de l’illusion

Qui se referme. Mon mai se fane,

Et le muguet, c’est du poison.

                                          

Dans ce monde oublié des Dieux

Les myosotis sont mes bourreaux.

Je crache sur tous les poèmes bleus 

Qui fleuriront sur mon tombeau.

 

 

18 mai 2006

Parking mondialiste

 

 

Au bord d’un centre commercial

Des sandwich font plein de miettes.

-On joue à faire des devinettes ?

Le silence n’est pas total.

                                 

Comme ton désir de Carrefour

Dans la voiture, de l’eau tiède.

-Fais voir tes seins ? Je suis raide…

Le soleil n’est pas à jour.

                                      

Paysage dédicacé

Par l’humanité immonde ;

-T’as lu Le meilleur des mondes ?

Des pigeons se sont cassés.

                                        

On peut conjurer l’absence

Des belles choses par un achat.

-Alors on y va ou pas ?

(Nos enfants ont de la chance)

                                   

Sur les parkings mondialistes

On crée des obligations

-T’as pensé à prendre la liste ?

S’oublier est une mission.

                                              

Il n’y a pas d’amour normal

Ni de questions distinguées

Près d’un centre commercial.

17 mai 2006

Lettre à un inconnu et à la cerise

 

Cher Inconnu,
            Je veux croquer des fraises en rigolant. Pas à cause des pubs sur les yaourts, mais parce que c’est hyper frais, poétique et sexy. Ou alors des cerises. Et je m’en mettrais partout, ça dégoulinerait sur ma robe bleue et ça ferait des taches violettes. J’aurais l’air con mais je m’en ficherais, parce que l’action se passerait dans un champ tout vert et jaune et dans le ciel il y aurait un avion qui fabriquerait des nuages rectilignes, et puis il y aurait toi.
            Le jus collerait sur ma peau autobronzée et je sentirai l’été et l’huile pailletée à la cerise. Allongés dans l’herbe, on se raconterait des trucs de quand on était gosses, pour combler l’absence de souvenirs communs, et on se ferait piquer par des fourmis. Tu me parlerais de tous ces voyages que tu rêves de faire, et ton sourire mal rasé, ça ferait comme un bateau qui a largué ses amarres ; et je rirais d’une façon réaliste  en te tenant la main, juste la main, à cause de la chaleur qui nous séparerait un peu, et qu’on haïrait à cause de ça.
Après, on s’en irait quelque part en courant, parce que c’est beaucoup plus romantique.
Marcher, c’est réservé aux gens sérieux.

A bientôt, donc.

Une femme parmi des milliards.

14 mai 2006

MTV Blues

Ma vie est un clip de rock et je suis une star, costard rayé yeux noirs outrés, un clip qui s’arrêtera le jour de ma mort, plutôt court d’ailleurs mais j’en ai rien à foutre, parce que je fais ce que je veux et l’héroïne c’est moi, je suis la drogue de ma génération, tout le monde me sniffe et je ne peux sentir personne, de toute façon dans mon clip il n’y a pas de figurants, j’évolue seule contre tous dans un décor anormal uniquement parce que je VEUX être considérée comme telle, et je gueule des paroles que personne ne comprend et dont tout le monde se fout, parce ce qui compte ici c’est l’attitude, my name is Rocn’Roll et je fuck your life, je n’ai pas de message à donner, juste de la rage et du sang, et surtout pas d’espoir, et chaque nuit, quand dans un demi sommeil je regarde mon réveil qui indique toujours 4 :51, je pense : « qu’est-ce que j’en ai à foutre? »

 

         Ma vie est un clip de R&B et je suis une pute, fesses détachées nichons grossiers, un clip qui s’arrêtera le jour de ma mort, plutôt court d’ailleurs mais j’en ai rien à foutre, parce que j’adore les trucs courts et le fantasme c’est moi, je suis l’icône sexuelle de ma génération, tout le monde me kiffe et je ne peux dire non à personne, de toute façon dans mon clip il n’y a pas d’autres nanas, je me frotte seule contre tous dans un décor superficiel parce que J’ADORE être considérée comme telle, et je miaule des paroles qui n’intéressent personne et dont tout le monde se fout, parce que ce qui compte ici c’est mon cul, my name is Ass System et je fuck your eyes, je n’ai pas de message à donner, juste du plaisir et de l’illusion, et surtout pas de frustration, et chaque nuit, quand entre deux queues je regarde ma montre qui indique toujours 4 :51, je pense « ouh la la!»

         

         Ma vie est un clip de blues et je suis au saxo, fringues oubliées âme épanchée, un clip qui s’arrêtera le jour de ma mort, plutôt court d’ailleurs et j’en ai quelque chose à foutre, parce que je souffre et la victime c’est moi, je suis le spleen de ma génération, tout le monde me respecte et je ne peux rendre personne heureux, de toute façon dans mon clip le bonheur n’existe pas, je pleure seule contre tous dans un décor mélancolique parce que SUIS considérée comme telle, et j’avoue des paroles que tout le monde comprend et dont personne ne se fout, parce que ce qui compte ici c’est le désespoir, my name is Liane et je vous plaint, je n’ai pas de message à donner, juste un peu de larmes pour pleurer ou bien rire, et surtout pas de mensonge, et chaque nuit, quand en fumant une énième cigarette je contemple le clocher qui indique toujours 4 :51, je pense à toi.

 

 

Ma première interview

 
 « Tu as quel âge ?

- deux aaanns !

- et ton papa il fait quoi ?

- il kravaille à la samacie (pharmacie n.d.t.)

- combien tu pèses ?

- deux kilomètres. 

- et avec qui tu étais au restaurant aujourd’hui ?

- Goma.

- Avec qui ?

(silence inquiet, amusé, déconcerté, intrigué, déçu)

- Goma. »

                                                        

Aujourd’hui encore, j’ignore qui est cette personne.

12 mai 2006

Flash back

                                      

 « Toi qui fait partie du gang

De mes séducteurs passés

Prends garde à ce boomerang

Il pourrait te faire payer

Toutes ces tortures de cinglés

Que tu m'as fait endurer.

                                              

Je sens des boums et des bangs

Agiter mon cœur blessé

L'amour comme un boomerang

Me revient des jours passés

C'est une histoire de dingue

Une histoire bête à pleurer.

                                           

Ma raison vacille et tangue

Elle est prête à chavirer

Sous les coups de boomerangs

De flash-back enchaînés

Et si un jour je me flingue

C'est à toi que je le devrais. »

                                                  

Serge Gainsbourg

11 mai 2006

Pourquoi je veux rencontrer Frédéric B.

Cher XXL,

Suite à votre opinion concernant ma volonté à vos yeux quasiment sans intérêt voire débile de vouloir rencontrer Frédéric B. je me permets, par la présente et non pas selon l’article 58b du code de la route, de répondre de manière honnête sans toutefois omettre le fait que ceci est un blog représentant le défouloir de mon quotidien idéalistico-névrotique. Je vous prie d’agréer toutes mes excuses, Liane.

 

Pourquoi ?

 

Parce que à chaque fois que lis un de ses bouquins, je me dis: putain mais c'est exactement moi, c'est ce que je pense, constate, écoute, écris, dis, fais, vis. et ça m'énerve, de me faire pénétrer le cerveau comme ça à mon insu, même quand je veux dormir, c'est pas possible, bordel!

Contre cet acte de viol intellectuel presque gratuit ( 99 f.- et encore, je l’ai acheté en version poche à 6 €), je souhaiterais protester. Je suis une victime de ma génération et de ses auteurs dont Mr B. est le vice-président (Bret E. E. étant le PDG incontesté, mais ne citons pas de marques au fer rouge). Face à Mr B., je ne peux pas me débattre. Totalement soumise. Ses mots s’allongent sur les miens, ses idées me lient les poignets, son style me baise la tête, et j’aime ça, je dois avoir un côté maso, c’est pas possible autrement. Des fois ça dure même toute la nuit. Bref, j’estime que c’est la moindre des choses, quand on vit une expérience pareille, d’en informer l’intéressé, si possible les yeux dans les yeux autour d’une tasse de café (ou de rhum coca, selon la taille de la tasse).

Et le jour où j’en aurai l’occasion, le jour où il m’appellera pour me voir enfin, je n’irai pas, évidemment.

Trop la trouille.

09 mai 2006

Je voudrais faire l'amour avec vous

Cher Inconnu,

vous me faites tourner la langue sept fois dans la bouche avant de vous adresser la parole. C’est assez ennuyeux, toute seule, d’autant plus que je finis par ne plus piper mot.  Donc j’écris. Quel dommage, toute cette énergie dépensée à faire travailler mon cerveau. Alors que je pourrais, je ne sais pas, faire l’amour avec vous par exemple. Mais c’est encore trop tôt, je crois, je ne connais même pas votre adresse (entre autres).
   

Quand je l’aurai découverte, je mettrai une robe courte avec du désir en dessous, des escarpins flageolants, et même pas de manteau, car nous seront en été, forcément. Je descendrai dans la rue, il sera 22h41 et du jazz sourira dans les ruelles à touristes.  Je deviendrai touriste, aussi. J’emmènerai mon appareil photo, et je redécouvrirai tout d’un œil nouveau, je ferai plein de photos ratées de notre rencontre qui approche, je cristalliserai avec flash l’attente d’un baiser sur la nuque. Les bouches d’ égout et les réverbères seront mes amis. La tête remplie de clichés, je sonnerai à votre porte, et vous ne répondrez pas tout de suite (vous vous serez cogné le genou dans la table basse en vous précipitant). Vous ouvrirez la porte en retenant votre respiration. Et je dirai, d’une manière authentique :

« Je voudrais faire l’amour avec vous. »

A très bientôt, donc.
Une femme parmi des milliards.

08 mai 2006

Liste à un inconnu

    Cher Inconnu, voici la liste non exhaustive de tout ce que je risque de faire en votre présence, si par malheur vous portez des fossettes et quelques autres critères de sélection indépendants de ma volonté. Veuillez m’excuser par avance, merci, une femme parmi quelques milliards.
- J’escaladerai des talons hauts pour que tu ne me perdes pas de vue.
- Je lancerai le bras en l’air « d’une certaine façon », en pensant à L’immortalité de Kundera.
- Toute banalité que je prononcerai en ta présence deviendra un prétexte légitime de suicide.
- Je tournerai un film en noir et blanc avec L’été  de Vivaldi en B.O.
- Je ferai déborder le lait de la casserole (ne t’inquiètes pas, je vais en refaire).
- Je te ferai rire pour dissimuler mes sourires.
- Je ferai des actes manqués.
- J’aurai des tas d’amis dont tu ne fera pas partie, évidemment.
- Je te haïrai pour chaque nom de femme que tu prononcera.
- Je ne me caresserai pas en pensant à toi : de nos jours, les sentiments sont tabous.
- Je mettrai des points d’exclamation derrière tous tes apartés.
- Je ne t’appellerai pas (ou alors j’aurai une bonne excuse).
- J’aurai froid, exprès.
- J’écouterai du hard rock en lisant Astérix (si tu décides de ne pas venir).
- Je te droguerai à quelque chose qu’on ne trouvera que chez moi.
- Je trébucherai dans les escaliers.
- Je deviendrai crédule, stupide, maladroite, romantique.
- Je te ferai l’amour en te faisant croire que je te baise.


 

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